Innov-performance en RD


Toute société doit résoudre un certain nombre de questions qui sont à la limite de ses champs de compétences et qui peuvent difficilement s’intégrer dans une pure logique « projet » car non SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable,  Réaliste, Temporellement défini) ou  conditionnant une profonde remise en cause de ses propres piliers.


Ces thèmes délicats sont :

  • Recherche appliquée dans l’objectif de réduire les coûts (Analyse de la Valeur),
  • Volonté de contourner un brevet bloquant,
  • Intégration de nouvelles technologies,
  • Recherche d’applications nouvelles suite aux retours d’expériences,
  • Conquête de nouveaux marchés (ou élargissement de son offre) face à la découverte de nouvelles fonctions pouvant être assumées…


Bâties pour générer du profit, nos structures, nos systèmes de pilotage et nos projets s’orientent vers des développements à moindre risque, permettant un retour sur investissement aussi rapide que possible.


Nous développons sur la connaissance, notre savoir et notre savoir-faire, laissant peu de place à la recherche de nouveaux produits, de fonctions nouvelles ou améliorées parce que présentant un risque (financier, technique ou délai) inacceptable.


En moins d’une décennie, selon les études du PDMA, les temps de développement ont presque chutés de moitié aux USA. Les budgets, au prorata des chiffres d’affaires n’ont pourtant pas évolués.

Les ventes en provenance de nouveaux produits ont chutés de 15%....les budgets alloués aux développements de l’innovation (la vraie) se sont effondrés au profit de l’amélioration des produits existants…

 


Innovation de rupture dans les portefeuilles développement par type de projets

Figure 1 : % de projets dans les portefeuilles développement

Source : Adams et Boike Biblio [1] ;  Cooper Biblio [2]


Nous sommes dans l’ère de la productivité, du « juste à temps », de l’amélioration des coûts dans un environnement concurrentiel.

L’innovation de rupture n’a jamais été si peu financée…


Et la France, où en est-elle ?


En 2008, le ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi a mandaté la société ESCP EAP sur le sujet de l’innovation, afin de redéfinir le cadre de sa définition et pour mesurer les résultats des politiques d’innovation réalisées par les états membres de la CE.

Rapport Morand-2009, ESCP Europe ; http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics//094000205/0000.pdf.


p21 :

« La performance encore insuffisante des entreprises françaises en matière d’innovation »

« L’Europe semble s’engager dans cette voie depuis plusieurs années.

L’innovation et la créativité sont souvent citées comme des avantages spécifiques et comme un facteur essentiel de compétitivité des économies développées.

Pourtant, force est de constater que la performance des entreprises européennes et françaises est encore insuffisante en la matière. Parmi les cinquante entreprises les plus innovantes identifiées en 2008 par BusinessWeek et le BCG 4, on ne compte que huit entreprises européennes dont quatre britanniques, deux allemandes, une hollandaise, une finlandaise et aucune française …

La situation des PME est préoccupante. Avec 14,8 % d’entre elles innovatrices en produits, la France se situe dans le groupe des pays les moins performants de l’Union européenne. En revanche, les PME françaises se distinguent comme innovatrices en processus (17,8 % contre 15,4 % pour l’Allemagne).


A la page 55, le Rapport Morand [36] précise :

« Culture d’entreprise et culture nationale, deux facteurs complémentaires pour stimuler l’innovation. Les dirigeants d’entreprises que nous avons rencontrés ont insisté sur la culture interne à l’entreprise et sur la culture du pays qui doivent toutes deux favoriser l’innovation. Dans l’entreprise, l’innovation exige de l’audace, l’encouragement et la récompense de la prise de risque, une implication forte de la direction générale sur le sujet, une vision stratégique claire de ce que l’entreprise est et souhaite être, une vision à moyen et long termes associée à un opportunisme permettant de saisir les occasions.

Mais ces éléments doivent s’inscrire dans une atmosphère générale de la société caractérisée par l’envie d’innover, d’entreprendre et de prendre des risques, associée à la valorisation des innovateurs. Certains ont souligné à ce sujet les handicaps de la France, où l’initiative et la créativité ne sont pas suffisamment mises en avant depuis le système scolaire jusque dans les entreprises.

D’autres ont évoqué la stigmatisation fréquente de l’échec dans notre pays, selon eux peu propice à l’audace indispensable à tout projet d’innovation. »


Et souligne l’importance de ne pas sous-estimer l’innovation incrémentale.


Force est de constater que la « récompense de la prise de risque » me semble délicate en innovation de rupture. Un concept (idée) ne doit-il pas être évalué dans un cadre règlementé (budget pour voir ou recherche de valeur sur les livrables intermédiaires) ?

Notons aussi que les 2 sujets présentés comme des atouts français : Innovation incrémentale et performance en matière « d’innovation de processus » sont considérés par tous comme les plus faibles porteurs de valeurs ajoutées aux entreprises.


Selon le rapport de la commission européenne (Innovation Union Scoreboard 2011) :


Le rapport établit un classement  de la performance « innovation » en 4 classes (‘Innovation leaders’ ; ‘Innovation followers’ ; ‘Moderate innovators’ and ‘Modest innovators’) selon 24 indicateurs. La France est classée  11éme  premier pays de l’EU au-dessus de la moyenne, dans la catégorie « Innovation followers », bien loin des 4 leaders que sont la Suisse, le Danemark, l’Allemagne et la Finlande.


Figure2 : Innovation et Europe

Comparativement à « nos principaux concurrents », l’Europe se place en 4ème position.


Le 4 sept 2013, le figaro publie le Classement Davos (100 indicateurs,148 pays étudiés)


La France a perdu 2 places en 1 an, …   5 en 2 ans (Forum économique mondial)

L'Hexagone,  classé 5ème puissance économique mondiale, est relégué au 23e rang pour la compétitivité


Aux yeux des experts de Davos, la France figure parmi les cancres planétaires pour les incitations fiscales à l'investissement (137e), les relations entre patrons et salariés (135e), les prélèvements obligatoires (134e), ou encore le poids des réglementations (130e)…


Nous avons, si le jeu en vaut la chandelle, quelques progrès à faire


[1] Adams. M and Boike. D, Source of new-product sales data: “PDMA Foundation CPAS Study Reveals  New Results”, Visions 28, no.3 (July 2004):26-29; and The PDMA Foundation’s 2004 Comparative Performance Assessment Study (CPAS) (Chicago: Product Development and Management Association, 2004). For mid-1990s data, see A. Griffin, Drivers of NPD Success: The 1997 PDMA, 1997).


[2] Cooper.R.G  ‘Your NPD Portfolio May Be Harmful to Your Business’s Health”, PDMA Visions Magazine (hereafter Visions) 29, no.2 (April 2005): 22-26