Structures & processus


En 20 ans de pratique, l’acronyme « R&D » par lui-même pose problème tant la différence entre

les activités Recherche et celles touchant le Développement sont différentes…


Rogers nous en donne les définitions, 1995 [1], p. 137…


Développement :


Le développement à lui seul peut recouvrir des réalités différentes selon les auteurs. Il

désigne les étapes nécessaires à la transformation d’une idée dans le but de rencontrer

les besoins d’une cible définie. Il peut s’agir d’un marché, d’un client, mais aussi l’amorce

d’une autre phase  telle que le début de l’industrialisation ou…


En développement, il est impératif de connaître ses propres difficultés, mais aussi  les attentes et besoins de la cible, pour préparer et anticiper les problèmes des futurs utilisateurs de l’innovation (individus, organisations) J. Perrin [2] (2001, p. 19 & p. 125).

En Science push, les activités de développement suivent celles de la recherche fondamentale et appliquée. Le niveau de risque est devenu acceptable (la qualification SMART [4], autorise l’enclenchement d’une gestion en type « projet » ou la vision du déroulement « temporel » et « budgétaire » est accessible).


La définition de l’OCDE, dans le Manuel de Frascati divise la notion de développement en 2 parties :

  • Le développement expérimental consiste en des travaux systématiques basés sur des connaissances existantes obtenues par la recherche et/ou l’expérience pratique, en vue de lancer la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs ; d’établir de nouveaux procédés, systèmes et services ; ou d’améliorer considérablement ceux qui existent déjà.
  • Le démarrage de la fabrication et le développement préalable à la production peuvent comprendre les modifications apportées au produit ou au procédé, le recyclage du personnel pour le former aux nouvelles techniques ou à l’utilisation des nouvelles machines, et les essais de production, s’ils s’accompagnent de travaux complémentaires de conception et d’ingénierie.


Pour beaucoup d’acteurs, le développement peut intégrer l’ensemble des activités de conception et de modification d’un produit dans le respect des contraintes de qualité, coûts, délais.


Recherche:


L’activité recherche se divise en 2 parties, La recherche fondamentale et la recherche appliquée.


Toujours selon le manuel de Frascati :


  • La recherche fondamentale consiste en des travaux expérimentaux ou théoriques entrepris principalement en vue d’acquérir de nouvelles connaissances sur les fondements des phénomènes et des faits observables, sans envisager une application ou une utilisation particulière.
  • La recherche appliquée consiste également en des travaux originaux entrepris en vue d’acquérir des connaissances nouvelles. Cependant, elle est surtout dirigée vers un but ou un objectif pratique déterminé. Les résultats d’une recherche appliquée portent, en premier lieu, sur un produit unique ou un nombre limité de produits, d’opérations, de méthodes ou de systèmes. Cette recherche permet la mise en forme opérationnelle des idées.


Il semble évident que le rôle des acteurs diffère…


En activité recherche, les acteurs vont explorer les champs du possible dans une logique divergente.

En développement, toute action converge vers l’atteinte d’une cible prédéfinie.

   …et que la cible ne prédispose pas une homogénéité des processus…


En activité Recherche, la notion de projet est rejetée. Il y a nécessité à explorer de multiples champs d’investigations, à réaliser des itérations, sans schéma préétabli qui conditionnerait, par obligation de contrainte, à imposer un choix.


En Développement, le schéma directeur est une nécessité. La formalisation permet de cadrer les budgets, coûts, délais, risques…, dans l’objectif de maîtriser budgets et retour sur investissement. Nous sommes dans une logique de rentabilité et d’efficience, plus proche de la production que de la recherche (D. Ledibois [3] (2001, p. 64).


Chaque approche, qu’elle provienne des processus ou des structures répond parfaitement à la manière dont le problème est posé.


Le market pull ou la technology push, invite à reconsidérer l’innovation montante ou descendante en fonction des 2 impératifs qui constituent sa propre définition (rapprochement d’une technologie et d’un marché).

  • La découverte technologique invite à une structuration de son segment « marché »,
  • La définition d’une cible « marché » invite à reconsidérer l’approche produit, savoirs et savoir-faire (technologies) afin de répondre aux attentes perçues.


Le modèle tourbillonnaire s’appuie sur la difficulté à maintenir mandant,  sponsor et parties prenantes d’un « projet d’innovation » sur un processus qui ne peut plus être linéaire (gestion de projet classique). Les itérations multiples propres à ce type de développement appellent une difficulté majeure quant à la motivation de l’équipe projet et la révision nécessaire de la légitimité qui l’a fait naître.



La Recherche, Développement, Engineering (R.D.E.) revisite la structure interne apte à « supporter » la nécessaire contribution de multiples acteurs externes et internes dont la vocation première est de construire un savoir transférable à l’activité « développement ».


La Recherche, Innovation, Développement (R.I.D) redéfinit clairement la fonction de l’activité « innovation », interface entre recherche au sens large et développement. La recherche comporte ses propres règles, le développement construit sur un processus de type projet, l’innovation joue son rôle d’approvisionnement de « valeurs ajoutées » aux savoirs utilisables par l’entreprise.


Le modèle CK, affiche, sans l’expliciter clairement, une donnée décisionnelle. Pour ne pas faire d’erreur d’interprétation, une demande sera considérée comme concept (évaluation primaire « au pire »)  en l’attente d’une qualification sectorielle.

Ce premier pas évite un engagement contractuel consécutif à une mauvaise interprétation du type de projet associé (opérationnel sans risque, appelant un processus linéaire SMART à risque maîtrisable ou en processus itératif innovant). Le modèle prend ensuite le relai des processus connus dans chaque domaine respectif et appelle, sans en avoir encore conscience, une nécessairement réflexion sur la qualification des enjeux.


[1] Rogers, E. (1995). Diffusion of innovations, New York, The Free Press (4th edition, 1st edition: 1962).

[2] Perrin, J. (2001). Concevoir l’innovation industrielle, méthodologie de conception de l’innovation, Paris, CNRS éditions.

[3] Hatchuel, A., Le Masson, P., & Weil, B. (2001). De la R&D à la RID : de nouveaux principes de management du processus d'innovation (p. 10). Présenté au Congrès francophone du management de projet, AFITEP, Paris

[4] SMART: Spécifique, Mesurable,Atteignable, Réalisable, Temporairement défini